5 idées reçues sur l'alimentation en maladie rénale chronique

La maladie rénale chronique touche aujourd'hui 10% de la population française.
Face à cette réalité, l'alimentation reste l'un des leviers les plus puissants et les plus accessibles pour préserver la fonction rénale.
Pourtant, une partie des patients ne se fait pas suivre et beaucoup de ceux qui arrivent en consultation portent des croyances qui ne correspondent pas à la réalité clinique et qui peuvent même leur nuire. Des conseils arrivent de toutes parts de l'entourage, d'internet, parfois même de professionnels de santé mal informés sur le sujet.
Voici 5 idées reçues sur l'alimentation en MRC que je rencontre régulièrement en consultation.
❌ Idée reçue n°1 : "Je dois supprimer toute la viande rouge"
✅ La réalité : La viande rouge n'est pas interdite en MRC mais elle mérite d'être limitée et variée avec d'autres sources de protéines.
Les recommandations KDOQI définissent des apports en protéines adaptés à chaque stade de la MRC, toutes sources confondues. Ces apports sont individualisés et doivent être définis avec un professionnel de santé.
L'orientation pratique : préférez les viandes blanches, le poisson et les légumineuses au quotidien. La viande rouge peut rester occasionnelle mais elle n'est pas interdite. Augmenter progressivement la part des protéines végétales, légumineuses, tofu, céréales complètes est également bénéfique pour vos reins.
❌ Idée reçue n°2 : "Je dois faire un régime sans sel strict"
✅ La réalité : Un régime sans sel total n'est pas recommandé en MRC. L'objectif est de ne pas dépasser 5 à 6g de sel par jour.
L'enjeu n'est donc pas d'éliminer le sel mais de diminuer sa consommation. En réalité, ce n'est pas si compliqué de manger moins salé il suffit d'identifier les sources cachées: aliments ultra-transformés, charcuteries, fromages, plats préparés industriels et d'apprendre à cuisiner autrement, à partir d'aliments bruts.
❌ Idée reçue n°3 : "Je ne peux plus manger de fruits et légumes"
✅ La réalité : C'est l'une des idées reçues les plus répandues et les plus dommageables. Les recommandations KDOQI et KDIGO préconisent au contraire une alimentation riche en végétaux, fruits et légumes, dans la lignée du régime méditerranéen.
La restriction en potassium n'est pas systématique. Elle ne s'applique qu'en cas d'hyperkaliémie avérée sur bilan biologique et la kaliémie dépend de nombreux facteurs : le stade de la MRC, les médicaments, l'acidose métabolique. Ce n'est pas uniquement une question d'alimentation.
Ce qu'il faut savoir : le potassium et le phosphore des aliments ultra-transformés sont beaucoup mieux absorbés par l'organisme que ceux des aliments d'origine végétale naturels. Ce sont donc les produits transformés qu'il faut surveiller en priorité, pas les légumes frais.
L'huile d'olive mérite également une mention particulière, pauvre en potassium, phosphore et sodium, elle est un allié précieux en MRC dans le cadre d'un régime méditerranéen adapté.
❌ Idée reçue n°4 : "Au stade 1 ou 2, l'alimentation ne change rien"
✅ La réalité : C'est l'inverse. Plus tôt on adapte l'alimentation, plus on préserve la fonction rénale. Les recommandations KDOQI et KDIGO sont claires sur ce point : une prise en charge nutritionnelle précoce, dès les premiers stades, permet de ralentir la progression de la maladie.
Attendre le stade 4 ou 5 pour s'intéresser à son alimentation, c'est laisser progresser la maladie sans agir sur un levier majeur et accessible. L'alimentation est une thérapie médicale nutritionnelle à part entière pas un accessoire.
❌ Idée reçue n°5 : "Moins je mange, mieux c'est pour mes reins"
✅ La réalité : C'est dangereux. La dénutrition est un risque réel et fréquent en MRC, particulièrement chez les personnes âgées, et elle complique la prise en charge de la maladie.
Les recommandations KDOQI sont claires : maintenir des apports adaptés pour préserver un poids stable et une masse musculaire suffisante. L'objectif n'est pas de manger moins c'est de manger juste : des apports adaptés à votre stade, vos résultats biologiques, vos pathologies associées et votre niveau d'activité physique.
💡 Ce que je retiens en consultation
Chaque patient MRC est différent. Votre alimentation doit être adaptée à votre stade de maladie, à vos résultats biologiques, à vos pathologies associées (diabète, hypertension ou autre) et à vos habitudes de vie.
Une alimentation de type méditerranéen, riche en végétaux, légumineuses, céréales complètes et huile d'olive, est bénéfique pour les reins.
Et parce que manger doit rester un plaisir, voici une idée simple et savoureuse :
Tian de légumes
Fines tranches d'aubergine, de courgette, de tomate et d'oignons disposées en cercle, arrosées d'huile d'olive et d'herbes de Provence, puis cuites au four.

INGRÉDIENTS pour 4 personnes
• 2 aubergines
• 2 courgettes
• 4 tomates
• 1 oignon
• 2 gousses d'ail
• 4 cuillères à soupe de huile d'olive
• 2 cuillères a café de herbes de Provence
• Poivre noir
• 1 pincée de sel
• Basilic frais
1. Préparer les légumes: Lavez et coupez 2 aubergines, 2 courgettes et 4 tomates en fines rondelles régulières d'environ 3mm d'épaisseur. Émincez finement 1 oignon et hachez 2 gousses d'ail.
2. Préchauffer le four: Préchauffez le four à 180°C (chaleur tournante).
3. Disposer en cercle: Dans un plat à gratin légèrement huilé, répartissez l'oignon émincé et l'ail haché au fond. Disposez ensuite les rondelles d'aubergine, courgette et tomate en alternance, en cercles concentriques serrés, comme sur la photo.
4. Assaisonner: Arrosez l'ensemble avec 4 cuillères à soupe de huile d'olive, parsemez 2 cuillères a café de herbes de Provence et du poivre noir moulu sur toute la surface.
5. Cuisson au four: Enfournez pendant 45 à 50 minutes, jusqu'à ce que les légumes soient bien tendres et légèrement dorés sur les bords.
6. Servir: Sortez le tian du four, parsemez du basilic frais ciselé avant de servir.
Astuce néphroprotectrice : Une petite pincée de sel suffit, les herbes de Provence, l'ail et le basilic apportent suffisamment de goût.
Coloré, parfumé et entièrement composé de légumes bruts, c'est exactement le type de plat qui permet d'adapter son alimentation à la MRC sans renoncer au plaisir de manger.
Pas de régime strict, pas d'interdits inutiles: une alimentation variée, savoureuse et adaptée à votre situation. C'est précisément pour cela qu'un suivi par une diététicienne spécialisée en néphrologie est recommandé dès les premiers stades.
Carolina De Deus Silva
Diététicienne-nutritionniste spécialisée en maladies chroniques et santé rénale
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